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Face aux coûts exponentiels de la communication scientifique, face à la baisse fulgurante des budgets au sein des universités notée ces dernières années et accentuée par la crise économique mondiale, une nouvelle politique d’accès à la communication scientifique a vu le jour dans plusieurs pays dans le seul but d’ouvrir la science. Cette ouverture de la science permettrait de réduire les barrières frontalières en matière d’accès à la documentation de recherche.

Même si ce sujet occupe actuellement les devants de la scène des discussions au sein des universités mondiales en général et françaises en particulier, il demeure un débat qui n’est pas totalement nouveau. En effet, il s’agit de l’une des préoccupations majeures de la communauté scientifique : comment faire pour que les travaux de recherche soient accessibles à toute la communauté scientifique, au moindre coût ? Nous savons que tout travail scientifique s’inspire largement des publications antérieures des chercheurs. Ce sont les publications déjà publiées ou menées qui permettront « aux nouveaux publiants » de pouvoir avancer dans leurs recherches. Il est alors primordial que l’accès à cette documentation, à ces travaux soit facilité. Des initiatives ont été notées de toutes parts afin de trouver des solutions idoines pour promouvoir l’ouverture de la communication scientifique. La communauté scientifique s’est notamment tournée vers les archives ouvertes. Elles sont définies comme « un site où les documents sont en libre accès (Open Access). Les chercheurs y déposent leurs articles en texte intégral dans le respect des droits d’auteur ou leurs références bibliographiques. L’expression « archive ouverte » traduit l’anglais Open Archive. D’après le DOAR (The Directory of Open Access Repositories – OpenDOAR), on en dénombre aujourd’hui plus de 2600 dépôts dans le monde.

Les initiatives au niveau international

En 1991, Gainsparg créa ArXiv, la première archive ouverte, pour permettre à ses collègues physiciens d’accéder à l’ensemble de leurs publications. Cette initiative sera suivie concrètement par l’initiative de Budapest en 2002 qui a réellement donné un coup de pouce significatif au mouvement du libre accès en mettant en place un texte fondateur en faveur du libre accès. L’initiative européenne sera concrétisée en 2003 avec la signature de la Déclaration de Berlin, toujours sur la question du libre du libre accès, au Sommet Mondial sur la Société de l’Information (SMSI). En 2005, la Conférence de Southampton fait suite à celle de Berlin et a permis de mettre en œuvre les différentes décisions issues de celles-ci. Ce n’est qu’en 2015 qu’on a vu une initiative africaine avec le projet SOHA qui concerne l’ouverture de la science en Afrique francophone et en Haïti. On voit alors qu’une prise de conscience s’est généralisée à travers le monde afin de rendre accessible la documentation de recherche pour toute la communauté scientifique.

Les initiatives en France

Dans le contexte français, les initiatives ont réellement débuté en 2003 avec le « Tremplin Recherche », une manifestation organisée par l’AFIC pour la valorisation de la recherche. Cette manifestation a connu un véritable succès avec plus 700 personnes présentes. Le but de cette manifestation était « d’attirer l’attention des investisseurs en Capital Risque sur certaines des problématiques liées à la valorisation de la recherche ».

Elle sera suivie en 2006 par un arrêté ministériel relatif aux modalités de dépôt, de signalement, de reproduction, de diffusion et de conservation des thèses ou des travaux présentés en soutenance en vue du doctorat. Cet arrêté publié par le ministère de l’Éducation nationale indique dans son article 1er que : « Le candidat engagé dans la préparation d’une thèse de doctorat dépose celle-ci trois semaines avant la soutenance, soit sur support papier, soit sous forme électronique, au service chargé du doctorat de l’établissement d’enseignement supérieur dans lequel celle-ci s’effectue ». Il faut savoir que la valorisation des thèses est une politique ancienne du Ministère de l’éducation nationale; elle a été actualisée en août 2006 avec le dépôt électronique.

Dans la même année, une convention est signée entre la plateforme HAL et les universités françaises afin de discuter des termes de référence des dépôts dans cette archive ouverte. En 2014, des séminaires ont été organisés afin d’échanger sur le libre accès, par exemple de celui de l’IDEAL (Indépendance et Développement des Éditions en Accès Libre) sous la houlette de Guillaume Fichet et Johann Heynlin. Toujours  la même année, on note la mise en place d’un cadre d’échange qui rassemble tous les acteurs du libre accès dans le monde francophone. Il s’agit de la liste de discussion « Accesouvert ».

Éléments favorables au mouvement du libre accès

La mondialisation de la science

La mondialisation, notamment le fait que les populations contemporaines ont cette volonté de vivre en commun, n’a pas épargné la recherche scientifique. Les chercheurs du monde entier échangent à travers les manifestations scientifiques. Ces dernières constituent un cadre d’échange qui permet aux chercheurs de construire un savoir international issu de ce brassage intellectuel. De plus en plus de chercheurs se retrouvent dans les réseaux sociaux qui leur permettent de se regrouper suivant leurs domaines de recherche, ce qui peut constituer une véritable source de découvertes, car de nouveaux sujets, de nouvelles problématiques peuvent y être débattus.

L’innovation technologique numérique (dématérialisation des supports)

L’innovation technologique a facilité l’accès à l’information en général, ce qui n’a pas tardé à influer sur l’accès à la documentation de recherche. De nouveaux outils de lecture sont mis à disposition des usagers afin d’y accéder partout, même si parfois cet accès est payant. On peut prendre l’exemple des tablettes ou des liseuses. L’accès en ligne de la documentation de recherche est élargi grâce aux archives ouvertes qui  permettent aux chercheurs d’avoir accès à une forme dématérialisée des documents de recherche qui les intéressent.

Open Access et nouvelles formes d’enseignement (Formation à distance, les MOOCs)

La formation à distance et les MOOCS sont de nouvelles formes d’enseignement qui impliquent, pour les apprenants, un accès à distance à l’information et aux cours. Nécessairement, il fallait trouver une manière de rendre la documentation scientifique accessible à tous; d’où la mise en place des archives ouvertes qui peuvent permettre un partage plus équitable de l’information scientifique et technique.

Coût élevé de la communication scientifique

Le coût élevé de la communication scientifique a conduit les acteurs de la recherche à repenser leur politique d’accès à la documentation scientifique. Cette nouvelle politique est essentiellement basée sur un accès ouvert à la documentation de recherche à un coût moindre qu’en passant par les revues scientifiques commerciales à but lucratif.

Enquête sur les attentes des chercheurs

Mon sujet de mémoire portait sur les besoins des chercheurs en matière de dissémination des travaux scientifiques. Il a été motivé par l’enquête déjà faite par le Consortium universitaire Couperin. Il avait pour but l’étude des besoins d’un petit nombre de chercheurs dans des domaines spécifiques : les sciences sociales (chercheurs de l’IFROSS, la MOM) et les sciences de l’information et de la communication (chercheurs de Lyon 2, ENSSIB, EBAD, Lille 2). Chaque groupe a une spécificité dans sa manière d’utiliser les archives ouvertes.

Un questionnaire a été envoyé à 100 personnes et les retours sont au nombre de 54, soit plus de la moitié, ce qui montre l’intérêt des chercheurs pour le sujet. Cet engagement signifie en filigrane qu’ils apprécieraient que leurs nouvelles attentes en termes d’accompagnement à la publication scientifique soient bien prises en compte et solutionnées.

Les différentes questions ont pour but de voir comment les chercheurs perçoivent les archives ouvertes, s’ils en sont satisfaits et s’ils veulent que les bibliothèques qu’ils fréquentent les accompagnent dans l’activité de dépôt de leurs travaux. Leurs réponses à ces questions devrait nourrir la réflexion sur la façon dont les bibliothèques universitaires pourraient participer à la dissémination des travaux de recherche à l’université, en commençant par des services pour faciliter la publication scientifique jusqu’à l’accompagnement au dépôt de ces travaux. Il faut savoir que certaines de ces questions ont été largement évoquées dans l’enquête de Couperin et dans la synthèse des commentaires libres qui a été faite par Monique Joly, Directrice du Service Commun de la Documentation de l’INSA (Institut National des Sciences Appliquées) de Lyon.

Le questionnaire visait à ressortir les différents besoins des chercheurs en matière de valorisation de la recherche. Nous l’avons scindé en plusieurs parties :

1. Degré de connaissance des archives ouvertes des chercheurs

La question 1 du questionnaire qui concerne la connaissance de l’Open Access a été une occasion de montrer que la plupart des chercheurs interrogés ne sont pas néophytes: 53/54 des répondants, soit 98% des personnes, y ont répondu et 81,1 % connaissent l’Open Access. Pour les répondants, c’est quelque chose de significatif.

2. Degré de connaissance d’HAL des chercheurs

La question 2 nous montre que les 54 personnes (100% des répondants) connaissent l’archive ouverte HAL.

3. Utilisation de la plateforme HAL

La question 3 a été également répondue par tous les chercheurs interrogés. 48,1% des répondants publient sur cette plateforme, ce qui veut dire qu’il y a encore des réticences notées chez les chercheurs.

4. Facilité d’usage de la plateforme HAL

La question 4 se rapportant à la facilité d’usage de la plateforme HAL est partagée : 50% contre 50%, ce qui veut dire qu’il y a des améliorations à faire pour la rendre plus praticable.

5. La bibliothèque doit-elle déposer pour vous, les chercheurs ?

La question 5 se propose de savoir si les chercheurs veulent que la bibliothèque dépose leurs publications pour eux. La moitié des répondants attend de la bibliothèque qu’elle dépose leurs publications.

6. Ce que les chercheurs attendent des bibliothèques universitaires

La question 6 visait à savoir comment les chercheurs voudraient que la bibliothèque les accompagne pour déposer leurs publications dans les archives ouvertes. Elle a obtenu beaucoup de commentaires. Les répondants pensent que des formations devraient leur être données ou sinon la bibliothèque doit faire le dépôt à leur place. Les chercheurs voudraient également être sensibilisés sur l’importance du dépôt, ce qui est primordial à mon avis.

7. La publication d’articles en Open Access par les chercheurs

La question 7 nous renseigne que 60,4% de la population répondante publie dans des revues en Open Access. Ce qui veut dire, qu’il y a déjà une bonne adoption des principes de l’Open Access.

8. Les types de bibliothèques que fréquentent les chercheurs

La question 8 nous montre que 50% des chercheurs répondants fréquentent les bibliothèques universitaires et 50% les bibliothèques de recherche ou centres de documentation. Certains fréquentent à la fois les deux types de bibliothèque. Pour cette question, seules 44 personnes y ont répondu car il n’y avait que deux possibilités de réponses, soit la B.U ou la bibliothèque de recherche, alors qu’il y a des chercheurs qui fréquentent d’autres types de bibliothèques, comme la bibliothèque municipale.

9. La fréquentation des réseaux sociaux de la recherche par les chercheurs

58,8 % des chercheurs répondants fréquentent les réseaux sociaux de la recherche, nous renseigne la question 9. On constate alors que ces réseaux ne sont pas utilisés par tous les chercheurs, peut-être parce qu’ils sont sceptiques sur la sécurité des données sur ces réseaux sociaux. Leurs commentaires sur la question de savoir ce qu’ils en pensent en disent long. Certains trouvent que c’est « pratique », « intéressant », « très utile dans la phase de construction du projet de recherche », « plus souple, moins institutionnel, permet de trouver de nombreuses références qui n’ont jamais été publiées au format électronique », « mais pas de système d’indexation, donc trouvailles soumises à la structure du réseau et aléatoires », « malheureusement, souvent plus pratiques d’accès et de consultation, voire de téléchargement », « C’est un excellent support, mais qui demande beaucoup d’attention et de prudence par rapport à la légitimité des sources. ».

10. Les disciplines des chercheurs répondants

Les chercheurs interrogés sont dans des disciplines telles que : sciences de l’éducation, droit, archéologie, histoire ancienne, philologie classique et sémitique, géographie, environnement, sciences de la gestion, sciences de l’information et de la communication, langues et littératures anciennes, épigraphie, histoire grecque, philologie, sciences et technologie de l’information et de la communication, bibliométrie, wébométrie, veille et intelligence économique, sciences de l’antiquité, lettres classiques (latin), littérature et histoire du livre, architecture, urbanisme, communication, sémiologie, sciences de l’ingénieur, sociologie et gestion.

11. Les écoles et universités fréquentées par les chercheurs répondants

Ils fréquentent les universités ou écoles suivantes : École Nationale des supérieures des sciences de l’information et des bibliothèques (ENSSIB), Université Lyon 2, Institut de formation et de recherche sur les organisations sociales et sanitaires (IFROSS), Ecole de bibliothécaires, archivistes et documentalistes (EBAD-Dakar), et l’Université Charles de Gaulle de Lille.

La valorisation de la recherche dans les archives ouvertes est devenue plus qu’une nécessité dans la mesure où elle facilite un accès plus large à la documentation scientifique. Aussi, permet-elle aux chercheurs, seuls producteurs de cette information scientifique et technique, de publier davantage. L’ouverture de la communication scientifique permettrait aux chercheurs d’être sur la même longueur d’onde, sachant que les différents travaux scientifiques seront accessibles à tous et au moindre coût. L’objectif à atteindre dans cette étude est de faire en sorte que cette documentation ouverte soit utilisée, tout en respectant la propriété « intellectuelle » des auteurs.

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