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BibUne bibliothèque universitaire, un catalogue en ligne, des utilisateurs qui peinent à utiliser tous les services offerts par ce système d’information documentaire (SID), à citer les sources correctement ou à trouver les bons documents sans être confrontés à du bruit. Voilà un constat général dans les bibliothèques universitaires d’aujourd’hui.

Répondre aux besoins des usagers, les accompagner dans leurs études reste toujours une controverse dans les universités, ce qui induit forcément à une foultitude de réflexions sur ce sujet. Résorber ce dilemme qui est d’actualité et qui suscite beaucoup d’interrogations est donc un impératif car cette question reste le débat favori des professionnels de bibliothèques notamment des Services Communs de la Documentation, qui ne cessent de s’interroger sur leur mission qui est de satisfaire l’usager. Bon nombre de services sont mis en place, allant de l’accueil et orientation, du prêt de documents en passant par la consultation sur place, au feedback (appréciation du service par l’usager).

Mais un problème réside toujours, les usagers, principaux bénéficiaires ont toujours du mal à squatter la longue liste de documents identifiés dans les catalogues pour leur simple plaisir.    

Nous allons essayer de voir comment faire pour que le catalogue soit utilisé avec efficience, ce que disent les textes réglementaires sur la formation des usagers, montrer que les usagers n’en sont pas les seuls bénéficiaires, les moyens mis en place par les universités et enfin donner les chiffres clés de cette activité.

Comment faire pour que le catalogue soit utilisé avec efficience ?

De bons résultats sont attendus dans les universités françaises, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle, des moyens ne cessent d’être déployés pour la bonne réussite des étudiants. C’est dans cette optique que la Loi LRU a été votée afin d’accompagner celles-ci.

Elle «prévoit de « rendre l’université plus attractive, de conduire 50% des jeunes vers un diplôme de l’enseignement supérieur et leur donner des formations qualifiantes qui leur assurent un avenir professionnel ».

Cette loi ne sera pas sans suite sur les universités autrement dit, elle a des conséquences sur celles-ci, car désormais elles sont autonomes (Sur les 85 universités françaises, 20 premières ont accédé à l’autonomie le 1er janvier 2009 et ont bénéficié d’une subvention exceptionnelle de 250 000 euros) et les services  commun de la documentation sont devenus de plus en plus prisés vue leur place dans la recherche et l’accompagnement à la publication scientifique et la valorisation des travaux de recherche.

La formation reste alors une nécessité dans les bibliothèques universitaires car elle permet aux usagers de mieux connaitre le catalogue, de mieux définir leurs besoins en matière de recherche et afin de trouver l’information dont ils ont besoin. La plupart des universités ont mis en place ce service qui constitue de nos jours des enseignements tout au long de la vie surtout chez les enseignants-chercheurs et les étudiants désireux de publier leurs travaux de recherche (doctorants).

Pour illustration, on peut prendre l’exemple du SCD de Lyon 1 qui a mis en place des tutoriels pour permettre aux usagers de s’auto-former s’ils ne veulent pas prendre un rendez vous avec un bibliothécaire. Au-delà de ces tutoriels, des cours insérés dans les cursus des étudiants sont dispensés par les bibliothécaires, ces enseignements n’ont pas un gros coefficient mais ils leur permettront de savoir comment citer ses sources afin d’éviter le plagiat. Des formations sur l’utilisation des bases de données et la méthodologie de recherche sont aussi disponibles sur le site de la B.U.

formation des usagers

Les textes réglementaires sur la formation des usagers en France…

Ces formations dispensées ont pour but de « mettre en corrélation l’utilisation des  bibliothèques et la réussite des étudiants de licence » selon l’étude du SICD et Ove de l’université de Toulouse.

 Les travaux d’Alain Coulon ont démontré aussi que les étudiants ayant reçu une formation en méthodologie documentaire réussissent mieux que les autres. D’ailleurs, il considère la recherche documentaire comme : « une méthode de travail proposée aux élèves pour leur permettre de construire des connaissances, d’évoluer en adéquation avec la société dans laquelle ils vivent »

C’est dans ce cadre que le C2i (Certificat Informatique et Internet) est mis en place pour permettre aux étudiants et personnel des universités d’être au diapason avec les technologies de l’information et de la communication et mieux s’accaparer des ressources documentaires présentes dans les bibliothèques universitaires.

Les doctorants et autres étudiants devant présenter un mémoire de fin d’années sont initiés en général à la citation des sources avec zotero (Il permet de gérer des données bibliographiques et des documents de recherche) et à la description des notices bibliographiques.

Au début, la formation des usagers était consacrée aux étudiants de L1, L2 et L3 mais actuellement la tendance  a changé, on voit que les étudiants de Master et doctorants sont de plus en plus intéressés par ces enseignements donnés par les bibliothécaires comme le montre Aurélie HILT dans La formation des publics universitaires (masters, doctorants) au SCD de Paris-Sud11 : études et prospectives (septembre 2011). Elle montre également que « Faire acquérir des compétences en recherche documentaire aux étudiants est une des priorités des SCD ». Cette affirmation revient à dire que la formation des usagers constitue une part importante du rôle d’un SCD même si elle n’est pas la mission première. Depuis 2008 avec le plan licence, établi par le Ministère de l’Enseignement Supérieur, la maitrise de la recherche documentaire est devenue une compétence indispensable à la validation des cursus universitaire. A cela s’ajoute l’arrêté du 1er Aout 2011 relatif à la licence qui, dans son article 6, insiste sur l’importance de la maitrise de la recherche documentaire dans l’enseignement supérieur.

Les étudiants ne sont pas les seuls bénéficiaires…

Avec ces cours dispensés au sein de l’université, les bibliothécaires sont en train d’acquérir d’autres compétences. Ils préparent et animent des séquences de formation et rédigent des supports pédagogiques, ce qui leur permet de se mettre dans la peau de l’enseignant. On note alors une certaine évolution notoire dans le métier de bibliothécaire qui dépasse maintenant la fourniture de documents, le catalogage et autres opérations dans le but de satisfaire les besoins des usagers de la bibliothèque ou Centre de documentation. Pour pouvoir mener à bien leur mission de formation des usagers, les bibliothécaires collaborent avec les enseignants de disciplines, ainsi, leurs cours seront validés comme les autres unités d’enseignement. Donc l’inscription aux cours du bibliothécaire devient obligatoire. On note un travail d’équipe sous-tendue par les bibliothécaires, les enseignants et parfois de tuteurs d’étudiants qui font cours aux autres étudiants des niveaux inférieurs. Au-delà du fait de donner des cours, les bibliothécaires dressent les statistiques, participent à la gestion des plannings de cours et à la production des rapports d’évaluation et à la mise en place des tutoriels. Mais avant de donner les cours, ils subissent des formations de la part des organismes ressources.

Ils s’activement aussi à la vie scientifique et culturelle de l’université participant aux échanges (salons, conférence, séminaires, etc.)

Quels sont les moyens mis en place par l’université et le SCD ?

A ma connaissance, il n’y a pas de mention  ’’formation des usagers’’  dans les organigrammes des SCD, mais cette activité est de plus en plus valorisée car ayant des résultats inattendus sur le niveau des étudiants et sur le développement de la recherche dans les universités. Prenons l’exemple de la Bibliothèque universitaire de Toulouse qui met beaucoup de moyens pour la formation des étudiants en recherche documentaire :

  • Sur le plan des ressources humaines déployées : nous avons une dizaine de B.A.S (bibliothécaire Assistant Spécialisé), de bibliothécaires et de conservateurs disposés à faire des séances de formation pour les étudiants de L1, Le directeur et son adjoint aussi s’y joignent. C’est l’adjoint au Directeur qui prépare les séances de formation.
  • Sur le plan financier : il n’y a pas de budget spécifique. Mais il y a un conservateur nommé pour le développement de services transversaux pour la « formation des usagers ».

FBU

Il y’a également un travail préalable à faire et qui prend du temps. Il s’agit de la préparation des cours, présentations, exercices et travaux dirigés, une activité qu’il ne faut pas laisser en rade car elle est importante.

Cette mise à disposition des bibliothécaires à la formation des usagers est également présente dans les SCD comme celui  de l’université de Lyon1 dont le ‘’service aux usagers’’ est dirigé par Aline Chareyron.

Quelques chiffres sur la formation des usagers en France …

  • 50 000 heures de formation
  • 60 000 étudiants formés
  • Principalement des élèves de licence : 80% des effectifs formés
  • 70% des formations sont intégrés au sein des cursus

Des chiffres que je considère comme « peu satisfaisants », reflètent la difficulté notée dans la pratique de cette activité de formation des usagers. Ils montrent que des améliorations peuvent y être opérées. Aucun budget alloué à la formation des usagers des bibliothécaires parfois non ou mal formés, ajouté à cela, l’activité n’est pas prévue dans les fiches de postes des bibliothécaires, et enfin  le manque d’évaluation de ce travail ce qui peut constituer en soi, un obstacle pour le développement de cette activité de formation des usagers.

La formation des usagers, bien que n’étant pas la mission première des Services  communs de la documentation, reste une activité de plus en plus présente dans les universités car étant plus ou moins productive en terme de résultats observés sur la production scientifique ainsi que sur le niveau des étudiants qui a connu un succès notoire ces dernières années. Une étude rigoureuse et minutieuse lui doit être accordée afin qu’elle puisse mieux participer à la réussite des étudiants. Cependant, est ce qu’une implication des professeurs-documentalistes ne serait-elle pas bénéfique du moment que la formation des usagers fait partie de leurs missions ?

Et pourquoi ne pas l’instituer chez nous?

La question, en filigrane, serait certainement pour les lecteurs de ce billet, pourquoi avoir choisi d’écrire cet article sur les bibliothèques universitaires de la France ?

La raison subsidiaire n’est rien d’autre que de montrer ce qui se fait ailleurs. Ce serait pour nos décideurs, (quand nous parlons ici de « décideurs », comprenez directeurs de B.U et directeurs des études des facultés ou d’UFR) un cri de cœur. C’est, en réalité, pour les faire réagir. Ils devraient faire en sorte que la formation des usagers soit instituée dans les universités sénégalaises, ou améliorée si c’est déjà le cas.

Nous savons que des cours de recherche documentaire sont dispensés dans certaines universités sénégalaises mais ses avantages ne sont comparables à ceux que pourrait fournir « La formation des usagers » qui montre aux  étudiants comment trouver de la bonne documentation, et prépare les chercheurs à la publication scientifique.

Ces formations ont des avantages incommensurables sur les études à l’université car ce sont les étudiants d’aujourd’hui qui seront les chercheurs de demain…

Pour aller plus loin …

  • La formation des usagers dans les bibliothèques (cours dispensés à l’ENSSIB). Lyon : Enssib, 2014

 

 

 

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